Scribouillographie

Bomberman must die !
Le Chalutier gelé
Rêveurs - Unissez !
Truelle, Pelle et Sébastian
Papy Martin 
KK ds ma couch
Le fils du Héros
Répétition

Work in Progress
La Romance de Fandango
Simulation Vague 1
Tombe le ciel - Roman

Rewriting
Valdemar 2.0
La Ligue des Faiseurs de Bière

Development Hell
Exit Irae - roman

Catégories

Profil

  • : L. Dix-Six
  • el-dix-six

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Dimanche 13 avril 2008

Le samedi est traditionnellement le jour des petites emplettes. Le matin, marché et/ou Carrefour/Auchan/Leclerc, et l'après-midi, tour en centre-ville pour acheter des choses inutiles et dépenser ses sous gagnés à se faire chier 8 heures par jour derrière un bureau ou une machine-outil.
J'avais oublié.
Qu'il y avait des gens dehors.
J'avais prévu de passer un week-end studieux. Un week-end peuplé uniquement du tapoti de mes doigts sur les touches du clavier, et de la longue ribambelle de mots fleurissant sur mon écran d'ordinateur. En fond sonore, j'avais prévu du Vivaldi (j'ai des gouts populaires) ou du Nightwish (j'ai aussi des gouts vulgaires). Il me reste quinze jours pour terminer une nouvelle sur l'histoire d'un bateau de glace dont j'ai le plan complet mais pas une seule ligne écrite (il s'agit là d'un démarquage du 'Rime of the Ancient Mariner' de S.T.Coleridge, je suppose que la chanson d'Iron Maiden y est pour quelque chose).

 

 

 



















Mais j'avais besoin de pain pour le petit déjeuner. Donc je suis descendu en chercher. Je suis entré dans la boulangerie, et j'ai demandé une flute florentine ; la jeune boulangère m'a donné une baguette florentine. J'ai dit : « excusez-moi, mais j'ai demandé une flute. » « Pardon. » « C'est pas grave. » « Ca fait un euro dix. » « Voilà. » « Au revoir. » « Au revoir. »

Il était 8 heures et demi du matin.

J'ai pris mon petit déjeuner et j'ai écrit la moitié du premier jet. J'étais content, alors j'ai décidé de lire un livre ('Descente aux Enfers', de David Goodis – excellent) puis de faire une sieste.
A deux heures, j'ai eu envie d'un café.
J'ai donc décidé de descendre en ville pour m'acheter une machine Nespresso (oui, je suis une fashion victim). J'étais content tout le long de la descente de la colline : les gens souriaient, se tenaient par la main, se faisaient des bisous, quelques gamins trainaient ici et là, jouant au ballon, en riant et en s'insultant. La vie, quoi – belle. Puis je suis arrivé sur la place des Terreaux – un gros con bouffi de suffisance en Lamborghini se la jouait grave, lunettes de mouche fumées sur le front, quelques pétasses sur-habillées, sur-maquillées de dix-sept ans mâchaient du chewing gum, fumaient et tortillaient du cul. Je venais de pénétrer dans un autre monde.

Je décidai de faire une pause avant d'aller acheter ma machine à café : j'allais chez mon bouquiniste préféré, rue d'Algérie, le fameux Temps Livres. Je rentre dans la boutique, je dis bonjour, et je me dirige vers le rayon SF, fantastique, polar. Au bout de cinq minutes, le bouquiniste me lance : « si vous avez besoin d'un renseignement, n'hésitez pas ». Je sens le gars qui se fait un peu chier quand même, et qui taillerait bien le bout de gras. Sauf que je sais pas de quoi parler – tout n'est que vacuité, donc je réponds « je n'hésiterais pas, je n'hésiterais pas ». Je continue ma fouille, je récupère un King, un Card, un Egan, un Jouanne, un Brussolo (tous d'occase) et un Jess Kaan (Réfractaires – Temps Livre étant un distributeur officiel d'Eons). Je vais vers le comptoir et je dis « Et voilà. Tout ça » en posant ma pile.
(Mais, t'es trop con, mon pauvre Laurent, t'es vraiment trop con, c'est pas possible).

Il me répond un truc du genre « Ah, oui, mais c'est pas le nombre qui est important – et puis si vous voulez pas d'aide, vous voulez pas d'aide, c'est pas grave ». Je pourrais lui répondre que « merci, ça va, rayon SF et genres, je me démerde pas mal, que je suis plutôt connaisseur, tout ça, tout ça », mais je dis juste « Oui, mais non, en fait, je suis pas bavard ». En gros, je ferme la porte à toute discussion. Je suis un gros con. Mais merde ! Le gars, je le connais pas, je vais quand même pas lui raconter ma vie, si ?
(Vous allez me dire que je le fais bien ici – mais ici, c'est chez moi, c'est un peu comme si je me parlais tout seul – et je n'oblige personne à me lire. Des fois je parle tout seul, c'est vrai, dans ma salle de bains, ou dans la rue – les gens me trouvent bizarre, surtout quand je secoue la tête ou que je fais des grimaces)
Je paye (25 euros pour 6 bouquins) et je m'en vais en lançant un « la prochaine fois, je serais peut-être plus bavard ». Le bouquiniste rigole, l'air presque gêné d'avoir affaire à un tel demeuré. Je le comprends, je serais gêné moi aussi.

Je vais acheter ma machine à Nes. C'est pas loin, c'est place de la Bourse, à cinq minutes à pied. J'entre dans la boutique (un grand black, bien fringué, souriant, classe, m'ouvre la porte – il me dit bonjour monsieur, je lui réponds, bonjour, merci et je me pose la question 'mais putain, pourquoi, c'est toujours des blacks les portiers ? Pourquoi, on les utilise toujours comme des boys ? C'est ça le XXIème siècle ? Et puis je décide d'arrêter de me poser des questions). Il y a un peu de monde, j'ai envie de partir. Mais j'ai aussi envie de café. Donc je tourne en rond, oscillant entre mes deux envies. Je me décide à faire la queue. J'attends depuis une bonne minute lorsque je vois deux nanas qui me passent devant (genre 6ème arrondissement, bien fringuées, Dior, Chanel ou je sais pas quoi – alors que je fais pouilleux avec mon jean sale, mon T-Shirt grisâtre, mes baskets défraichies et mon manteau qui a connu beaucoup trop d'hivers). Du coin de l'oreille, en parallèle, j'entends une voix de femme dire 'allez-y mesdames, faites la queue ici'. Je me retourne, pour dire quelque chose comme 'eh oh, j'existe, je suis là, je faisais déjà la queue' : je croise le regard d'une jeune femme chargée d'orienter la clientèle (apparemment lorsque je suis entré dans la boutique elle ne m'a pas vu, ou elle en avait rien à foutre, se disant que je venais simplement regarder et que je n'avais pas le look a dépenser de la thune pour une machine à café – que j'étais juste de la merde, que, si ça se trouvait, je gagnais tout juste le SMIC, comme elle). Elle doit voir mon regard pas content (mais quand je suis pas content, même en fronçant les sourcils, je fais pas peur – c'est comme ça, c'est la vie) et elle me dit – avec un ton d'une condescendance insupportable 'monsieur, si vous voulez bien passer derrière ces dames, elles font la queue depuis plus longtemps que vous'. Je dirais bien que non, que j'avais bien vérifié avant de prendre mon tour dans la queue que je ne coupais le passage à personne, que je n'agissais pas comme un malotru (après tout, on est pas dans un quick ou un McDo, les gens se comportent en êtres civilisés). Je dis juste 'd'accord'. Puis la colère gronde en moi, car je sens qu'il y a là comme un injustice à l'oeuvre et que décidément, ce n'est pas ma journée. Donc je répète 'd'accord', en y ajoutant une légère inflexion de menace (je m'imagine le Terminator disant 'I'll be back') et je me casse de cette boutique de merde (place de la Bourse, dans le 2ème arrondissement à Lyon – je leur fais de la pub, c'est ma petite vengeance mesquine). Le grand black m'ouvre la porte, toujours souriant. Il est cool.

Conséquence : je vais à l'autre boutique Nespresso (encore à cinq minutes à pied – place des Jacobins). Parce que j'ai toujours envie de café – et que je vais pas me laisser emmerder par une pétasse obséquieuse.
J'entre dans la boutique – encore une fois, je suis invisible (faut vraiment que je pense à me débarrasser de cette cape elfique, autrefois offerte par dame Galadriel). Je me dirige vers la réplique parfaite de l'autre oriente-file (j'ai compris le truc, faut tout de suite faire sentir que tu vas dépenser du cash – après tout, c'est la règle dans notre société de consommation, non ?) et je lui dis 'bonjour, je veux acheter une machine'. Elle me sourit (genre purement artificiel – elle n'en a strictement rien à foutre de moi) et nous choisissons ensemble une machine. Je prends la moins chère. Elle me dit : 'faites la queue ici, je vais vous chercher la machine'.

Elle va me chercher la machine.
Je fais la queue.

Derrière le comptoir, deux jeunes femmes, très jolies (à mon avis, le mec qui fait le casting doit se faire plaisir – pas une seule vendeuse moche – ça pue la discrimination).
Vient mon tour (la machine a été déposée derrière le comptoir). Il y a du bruit derrière moi, des gens qui font la queue et qui me collent au cul ; j'ai soudainement envie de me reculer pour leur mettre mon sac à dos dans les dents – donnez moi de l'air, bande de cons.
Ma vendeuse est superbe. Évidemment, il est possible que mon jugement soit erroné : ma misère affective actuelle est telle que je tombe amoureux de tout ce qui bouge et qui a des jolis yeux. Elle a de jolis yeux noisettes.
Quand elle me parle, on dirait qu'elle récite une leçon – ça m'énerve un peu, mais ça va, je pardonne, ça doit quand même être un sale boulot que de répéter cent fois la même chose. Je dis 'ouais, ouais'. Je voudrais dire un truc spirituel, être rigolo, qu'elle se souvienne trente secondes de moi ce soir en prenant le métro pour rentrer chez elle, mais tout ce que je trouve à dire c'est une connerie du genre 'putain, en tout cas, je reviendrai pas un samedi'. J'ai droit à un sourire factice – elle sait que j'ai tenté d'être amusant, mais ses yeux hurlent 'pauvre type, j'aimerais beaucoup que tu débarrasses mon comptoir'. Ouais, moi aussi à ta place, j'aimerais beaucoup que je débarrasse mon comptoir.
Looser.

Je ne me sens pas bien ; il fait chaud, il y a du monde, trop de bruit. Je ne pense qu'à une chose, c'est me barrer de là. Je réponds 'oui', je réponds 'non' à ses questions, sans vraiment les écouter – abrège, bordel, fini ton speech, présente moi la facture, qu'on en termine. Dans d'autres circonstances, j'aimerais bien discuter un peu plus longtemps avec elle, lui monter que, finalement, je ne suis pas plus con qu'un autre, qu'on pourrait presque se trouver des points communs, mais on ne change pas le décor d'un coup de baguette magique, non, ça ne marche pas comme ça mon garçon.
Je sors ma carte bleue. Je pincode. Je prends mes affaires et je rentre chez moi. Elle me dit 'bon week-end', elle ne le pense pas. Je lui réponds 'bon week-end', je m'en fous, je ne la reverrai pas.

C'est moyennement lourd, mais il y a du chemin : en plus c'est samedi après-midi, c'est la rue de la République, y'a du monde partout, c'est l'enfer. Donc, je râle, je peste – je joue le parfait asocial. Et puis, il fait trop chaud : je sue, je pue. J'en ai marre.

Je rentre chez moi.
Je branche la machine.
Je me fais un expresso – volluto. C'est bon. J'en prends un autre. Je suis bien. J'ouvre un livre – 'L'arc en ciel de la Gravité' de Pynchon, je kiffe.


Demain, je reste chez moi. Je ne sors pas.
Plein le cul des gens.

publié dans : Humood
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander

Commentaires

'tain, trop dur la vie, hein...

Mais n'aie crainte : au fond, tu ne dois pas être si asocial que ça. La preuve :

"J'étais content tout le long de la descente de la colline : les gens souriaient, se tenaient par la main, se faisaient des bisous, quelques gamins trainaient ici et là, jouant au ballon, en riant et en s'insultant. La vie, quoi – belle."

Voilà qui, personnellement, suffit amplement pour me donner l'envie de poser des mines anti-personnel.

Plus sérieusement, très bon texte. Si si.

Mais quelle idée de boire du mini-café ? C'est la faute à la pub, moi j'dis.

commentaire n° : 1 posté par : Nébal (site web) le: 14/04/2008 09:50:39
Oui, très bon texte dans lequel je me retrouve. Tu n'es pas asocial, je ne suis pas asociale... seulement le regard que nous posons sur le monde est la traduction de nos angoisses, enfin je crois.

Je déteste sortir le samedi, les gens traînassent, puent le superficiel. Tout comme toi, je suis bien mieux chez moi, avec un bon bouquin et un café :-)

pas comme cela que je vais trouver l'âme soeur :-))
commentaire n° : 2 posté par : Malvina le: 24/04/2008 12:07:33
Merci les gens - vous me rassurez.
Je ne serais donc pas asocial - ce ne serait là qu'une image que me renvoient les Autres. Cool.
Passque, ouais, j'aime les gens ; mais souvent, ils me gonflent (le contraire étant vrai). Pafois, aussi, je les méprisent ("il faut être supérieur à l'Humanité par son mépris" disait l'autre moustachu syphilitique dans l'Antéchrist) - mais ils me méprisent de même ; égalité, balle au centre.

Nébal, je sais pas si c'est la pub qui m'a poussée à boire du mini-café, ou le simple fait que ça me pompait de me faire un litre de café à chaque fois, de devoir attendre 10 minutes avant qu'il ne soit prêt, pour ne finalement en boire que la moitié avant de vider le reste brunâtre sur la faience délavée de mon évier.
Je ne sais pas. Mais peut-être, ouais, être George cinq minutes, savoir ce que ça fait d'être un sex-symbol... faudra que j'y réfléchisse.

Malvina, c'est sur, rester chez soi, c'est pas le meilleur moyen de rencontrer l'âme-soeur. Mais sortir le samedi après-midi, faire ses courses au supermarché du coin, en espérant une bousculade coup-de-foudre au rayon du thon en conserve, non plus. Alors que faire ?
J'ai trouvé la solution : mon âme-soeur, c'est mon double schizophrène, on se parle et on se comprend à 100%, c'est super. Quant au sexe (oui, et un peu d'amour aussi, on n'est pas des bêtes - quoique...), bah ... euh, je crois que je vais aller faire un tour du côté de Meetic, passque merde à la fin, moi aussi, je veux de l'amour cheap, moi aussi, je veux être comme tout le monde.
Na. Et pis c'est tout.
commentaire n° : 3 posté par : L. Dix-Six (site web) le: 25/04/2008 11:12:14
Correction : L'Arc en Ciel de la Gravité, j'ai kiffé pendant 100 pages. Arrivé à la page 300, j'en ai eu marre, marre, marre, je l'ai refermé. Je ne l'ouvrirai plus : ça doit être trop balaise pour moi.
commentaire n° : 4 posté par : L. Dix-Six (site web) le: 11/05/2008 10:58:44
Blog : Lesbien sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus