Ouais, ouais.
L.106 est plein de fiel, plein de rage et d’amertume. On lui a dit plusieurs fois déjà. On lui a dit, c’est mal, c’est pas bien,
faut pas dire des choses comme ça, sois plus consensuel mon garçon, moins adolescent, ne laisse pas parler tes hormones, ferme la porte à tes neurotransmetteurs à la
ramasse.
Et puis arrête d’écrire de façon aussi vulgaire. Cette grossièreté est insupportable.
L.106 s’en moque.
L.106 en rigole, cet enfoiré.
Il bat le chaud, il bat le froid, il contemple les étincelles qui jaillissent du métal torturé, il regarde les étoiles
scintillantes dans un ciel pollué par les néons des boites de nuit.
Tout ça et plus encore.
Ou alors, rien.
L.106 a tenté l’expérience des appels à textes. Il a écumé les sites et forums internet, cherchant, la truffe en avant, humide, palpitante, des sujets qui lui
permettraient de s’exprimer, de se faire connaitre, de se la péter enfin.
Il en a trouvé, il a pondu des nouvelles, il les a envoyées : une a été publiée, une autre rejetée, et pour la dernière, il n’a pas eu de réponse.
Globalement : bon score.
Le wannabe-auteur moyen serait satisfait. Pas L.106.
Ce. N’est. Pas. Suffisant.
Et si ça ne l’est pas, c’est qu’il y a une raison. Il y a toujours un raison. Même si elle ne fait pas plaisir à entendre.
Alors L.106 se bouche les oreilles.
Et ‘je’ réintégre sa place. ‘Je’ abandonne la distanciation, ‘je’ laisse tomber son côté spectateur, ‘je’ redevient l’acteur de sa propre histoire, de sa vie. ‘Je’ bascule.
Switch the light on.
J’ai relu ce que j’ai pu écrire cette année. J’ai relu mes textes, mes posts, mes billets bloguesques. Tout. Et la seule conclusion possible, c’est : putain, y’a encore du
boulot. Et pas qu’un peu.
Il faudrait que je réécrive entièrement Valdemar 2.0 et La Ligue des Faiseurs de Bière. Il a certes de bonnes choses dedans, certaines dont je
suis presque fier, mais elles ne sont pas moi – ou alors un moi mal dégrossi, un moi livré dans l’urgence et la facilité, au style mal travaillé.
En les écrivant, je n’ai pas cru en elles. Je ne croyais pas en mes propres histoires, j’ai fais semblant, j’ai simulé l’enthousiasme.
Bon.
Il n’est pas trop tard pour faire ce constat. C’est le bon moment pour redresser la barre, pour se dire qu’après tout, je fais mes gammes, je suis en phase d’apprentissage, que je
fais des erreurs, que j’en ferai encore mais que ça finira par aller mieux, forcément. Avec le temps. Avec la motivation. Avec des efforts.
Il faut que j’apprenne à devenir moi. Que mes textes le reflètent. Peu à peu. Couche après couche. Il faut que j’évacue les scories – que je purifie tout cela. Que je fluidifie.
Que j’expérimente. Quitte à me tromper encore et encore.
Ah !
Il faut, ouais. Il faut.
Et je veux.
Je veux raconter des histoires, de bonnes histoires, qui font sens, qui disent quelque chose. Je veux arriver à aligner plus de trois phrases cohérentes. Je veux
que le verbe se fasse vie, se fasse chair, qu’il purule, suinte et cicatrise. Je veux de longs flux de pensées, des explosions de dialogues absurdes. Je veux parler de ce connard d’être humain,
ce machin faible, lâche, qui sue, qui pue, qui bande et qui mouille. Je veux toucher du doigt la souffrance de l’individu, ses espoirs, toutes ces conneries. Pour cela, je ne veux pas avoir
besoin de l’attirail de vaisseaux spatiaux et d’aliens à la con. On ne crèvera pas en s’uplodant dans la machine. Il n’y aura pas d’invasion E.T. Il n’y aura pas de monde meilleur après la mort,
fous-le toi au cul ton paradis. On va juste rester là à attendre, à tenter vainement de guérir de nos sarcomes(zy) pour finalement s’éteindre comme des étrons dans une chambre d’hôpital froide,
un goutte-à-goutte de morphine dans le bras, un cathéter planté dans la bite. Il n’y aura pas de miracles.
Non. Pas de miracles. Juste une pandémie. Ou une guerre de l’eau.
Je veux de la faiblesse et de la force à la fois. De la violence et de la tendresse. De la douleur et du réconfort. Je veux des fautes de gout, des fautes de style, de syntaxe, des
niveaux de langages qui s’enculent en sarabande. De la haine inconsidérée et de la compréhension. Des caresses et des claques en pleine gueule.
De la vie, la putain de ta mère. Juste de la vie.
Je me planterai. Je repasserai par des chemins déjà explorés mille fois. Oui. Je ferai tout ça. Je recevrai quelques encouragements, c’est probable.
J’essuierai des insultes, j’affronterai le mépris, c’est certain.
Mais bordel, au moins, j’aurais fait quelque chose.