Ayé ! Le sommaire de l'Anthologie Le Retour de Cal de
Terre est bouclé.
Ca sort en septembre.
C'est aux éditions Rivière Blanche.
Et ça se passe ici (vas-y garçon, clique).
Les bonnes nouvelles venant souvent par paire (c'est comme les cerises dit-on à ma droite, c'est comme les cou..., oh! on se calme à ma gauche!!!), Philippe Ward m'a autorisé à publier dans ces
pages un extrait de ma nouvelle (thanks Philippe !). Un teaser, un apéritif. Qui vous laissera, je l'espère, un bon petit goût de revenez-y.
Le Fils du Héros-extrait
Et pour les ceux et les ceusses qui voudraient plus d'informations sur P.J. Hérault, non seulement une légende du Fleuve Noir - et désormais de la Rivière Blanche - mais aussi un grand
monsieur, n'hésitez pas à aller là (oui, faut encore cliquer, oui, comme ça, bravo, c'est bien ma
fille).
L'idée de cette nouvelle m'est venue lors d'une discussion sur le forum d'ActuSF : David Calvo (Minuscule flocons de neige depuis dix minutes,
Nid de Coucou entre autres) en était l'invité.
A un moment donné, pour lui rendre hommage, je ne sais pas, ou pour faire le malin, peut-être, j'ai posté un texte sans ponctuation, ça me paraissait dans le ton. Et en plus c'était l'heure de
manger.
Le texte le voici :
et si on allait manger ce soir y'a des nouilles chinoises cuites dans du bouillon de rat j ai faim j ai faim beaucoup et je mangerai tout comme un grand avec un
cuillère pour moman une cuillère pour popa je mettrai mon bavoir teletubbies et je ferai caca dans ma couche après quoi popa et moman me mettront au lit après m avoir mis une couche propre iront
au lit aussi popa viendra sur moman pour fabriquer petit frère ou petite soeur ca fera han han oui oui splaoutch je m en fous je dormirai déjà je suis pas pressé de toute façon la bombe est
prévue pour demain j aurai pas le temps de grandir de voir tous les super trucs en vrai comme walibi ou disneyland demain y aura plus rien peut-être juste un peu de caca au fond de ma couche j
aurais bien aimé aller à l école pour avoir des copains mais j ai plus le temps mon esprit est ailleurs j'ai plus le temps faut y aller tous ensemble on ira tous ensemble au paradis ou
ailleurs
C'était con. Mais ça m'a amusé. Et en y repensant, je me suis dit qu'il y avait probablement de la matière à développer pour en faire une nouvelle un peu plus conséquente - mais point trop
n'en faut, dix pages sans ponctuation s'apparentant plus à un parcours du combattant qu'à de la lecture.
Et ça a donné ça :
KK ds ma couch
La chute change. On pourrait même dire qu'elle est inversée. Du coup elle fait moins SF. Mais elle est pire, je crois.
J'aime me
payer des auteurs de SF. Me les farcir. J'ai le zizi tout dur après. Pendant aussi.
Je me suis fait Damasio. Un point pour moi.
Mais le score ne s'arrête pas là. Il me faut du lourd désormais.
Je m'en suis tenu à la piétaille, à l'amateur, au nouveau venu.
Il est l'heure de passer au niveau supérieur. Next level. Me faire le boss de fin. De milieu de partie plus exactement. Les véritables boss de fin, de fin de partie, ce sont les Werber
et Dantec. Trop faciles ceux-là. Y'a même pas besoin de cheat-codes.
Non, aujourd'hui, c'est au tour d'un professionnel. Oui, messieurs dames, aujourd'hui dans le ring, y'a du lourd.
En un mot comme en cent : Roland Charles Wagner.
RCW.
L'écrivain. Le traducteur.
Et pour cela, un seul angle d'attaque : le positionnement politique. Je ne connais rien à la politique – la preuve, j'ai perdu, j'ai voté Bayrou - mais cela ne fait rien à l'affaire. En effet,
RCW prétend être de gauche. Or je suis en mesure de démontrer que c'est faux, que ce n'est rien d'autre qu'une posture. Une imposture.
Commençons.
Au commencement donc, était Wagner, Richard Wagner, l'ancêtre, le compositeur, le pote de Nietszche. La chevauchée des Walkyries, Robert Duvall atomisant un village vietnamien pour faire du surf,
c'était lui, Wagner, le Grand Ancien. Un mec de droite. Le pote de Nietszche, vous savez celui qui braillait qu'il fallait être supérieur à l'humanité par son mépris, que l'homme n'était qu'un
pont tendu entre l'animal et le sur-humain, ou le trans-humain, je sais plus, enfin un machin qui vient après l'humain. Un métamachin. Bref, encore un mec de droite.
Or Nietszche est le pote de Dantec. L'inverse plutôt : c'est Dantec qui est le pote de Nietszche. Dantec ? Un mec de droite, très à droite, loin, vers l'extrémité du spectre.
Pour l'instant, je le reconnais, le lien entre RCW et la droite est flou, mais j'y viens. Peu à peu, j'y viens. La démonstration se fait de relations tenues mais solides – un peu comme
l'interaction faible en physique, un truc compliqué, mais le monde est ainsi fait.
En 1997, j'allais au Virgin, sur les Champs, pour me faire dédicacer des bouquins de Norman Spinrad. De vieilles éditions, achetées d'occasion ; j'étais au service militaire, j'avais 600 francs
par mois, j'avais pas de pognon pour m'acheter un bouquin neuf. Ca a du bien faire chier Spinrad (il a tiré un tronche de dix pieds de long, genre, ah, c'est moi qui ai écrit ça, tu voudrais pas
plutôt que je te dédicace En direct, plutôt que ce vieux machin en Presse-Pocket, il est tout neuf, il est beau, il vaux 120 francs ?). Bref, à côté de lui – pour dédicacer
Les Racines du Mal – se tenait le Maurice : ça se sentait dans l'atmosphère, c'était palpable, qu'entre les deux, y'avait du copinage. C'étaient des potes, qui faisaient de la
musique ensemble, qui papotaient de tout et de rien (DANTEC : Tu savais que la Métamachine-Monde avait donné le Prix Eiffel à Pierre Bordage pour Wang, Ontologiquement, je veux
dire(*) ? SPINRAD : C'est super ça. Et ça rapporte combien déjà le Prix Eiffel ?). Or Dantec est de droite, je viens de le dire. Or Spinrad est pote avec Dantec. Comme je maitrise grave le
syllogisme aristotélicien, çela signifie que Spinrad est de droite.
Et la démonstration, me direz-vous ? Que viens faire Wagner (Roland C.) dans cette affaire ?
Voilà : il
appert que Roland C. Wagner est le traducteur(**) de Norman Spinrad. Enfin, un des traducteurs. Bleue comme un orange, c'est lui. Hors le fait que le titre est débile (le livre
raconte la grande guerre des Bleus et des Verts, pas celle des Bleus et des Roses, c'est un autre bouquin, non plus que celle des Bleus et des Oranges, on n'est pas en Ukraine – Bleue
comme une Granny-Smith aurait été plus approprié), il est évident, par l'application d'un syllogisme parfait que Roland C. Wagner est inéluctablement de droite.
En résumé : Wagner (Richard) – Nietszche – Dantec – Spinrad – Wagner (Roland Charles). La boucle est bouclée.
Ce Qu'il Fallait Démontrer.
Et s'il était besoin d'appuyer cette brillante démonstration par quelques faits supplémentaires, je n'aurais qu'à mentionner l'indéfectible admiration que porte RCW à Peter Randa, l'écrivain du
Fleuve Noir aux relents fascistes nauséabonds. En effet, pour Randa, tout fou, tout criminel doit être exterminé, exécuté ; si deux civilisations se rencontrent, l'une doit anéantir l'autre,
c'est la loi de la nature ; chacun de ses livres doit être lu en remplaçant étranger/extraterrestre par arabe.
En toute conscience, aucun mec qui se prétend de gauche ne pourrait apprécier ce genre d'immondice. RCW, oui. Il s'en gausse.
(Et le premier qui se la ramène en parlant de L.F. Céline, je lui en colle une)
CQFD bis repetita.
(*) Authentique
(**) Ne pas oublier que comme toute traduction établie par RCW, celle-ci est de très mauvaise qualité. Se rappeler Temps de Stephen Baxter, de sinistre mémoire, édité au Fleuve
Noir et bourré de fautes d'orthographe autant que de grammaire. C'est normal me dira t'on, les tribunaux administratifs ont émis jusqu'à peu des doutes quant à la nationalité française du sieur
Wagner; nous pouvons donc raisonnablement penser qu'il maitrise assez mal notre langue.
Vir prudens non
contra ventum mingit - L'homme sage ne pisse pas contre le vent
L'homme sage ne pisse certes pas contre le vent, mais il peut le faire sur le Contrevent. Il fait ce qu'il veut. Il est sage. Et il vous emmerde.
L'homme sage pourrait
parler de la Zone du Dehors, mais il ne le fera pas, car tout est dans le titre. Il y a des gens dedans, une zone dehors. Les gens qui sont dedans veulent aller dehors. A part ça, l'homme sage ne
l'a pas lu. Il n'en parlera donc pas.
Il parlera de la Horde. Qu'il n'a pas lu non plus. Ce qui ne l'empêche en rien de faire une critique.
Lorsque l'homme sage a découvert Alain Damasio, c'est que ça commençait à le chauffer d'entendre et de lire partout (partout signifiant dans le sous-monde de la SF, entendons nous bien, pas
partout partout – partout partout, c'est Christine Angot ou
Jonathan Littell – on pourrait dire des choses aussi sur eux, mais c'est con, ils font pas de SF, donc exit) que la Horde du Contrevent (ils partirent trente-quatre et par un
prompt renfort...) c'était super, c'était génial, c'était le renouveau de la SF française, le renouveau de la littérature française, de la littérature tout court, le chef d'oeuvre absolu de ce
siècle, tout ça, tout ça.
Bref, ni une ni deux, l'homme sage se renseigne un peu sur le bonhomme, le Damasio. Et là, il apprend que le bonhomme (Damasio donc) est né à Lyon (comme l'homme sage, ça c'est bien) en 1969 (il
a donc 5 ans de plus que l'homme sage, il est donc plus vieux, il est donc vieux tout court et ça c'est bien aussi). Jusqu'ici rien de bien croustillant à signaler. Mais poursuivant, l'homme sage
apprend que le bonhomme (appelons-le D) a fait l'ESSEC .
Le sang de l'homme sage (appelons-le HS) ne fait qu'un tour. Ou il bout, HS ne s'en rappelle plus très bien.
Peut-être les deux. Bref.
L'ESSEC : l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales.
Sachant que HS a fait une école
d'ingénieur, à Lyon, juste sous la basilique de Fourvière, in nomine patris et filii et spiritus sancti, il est immédiat que D devient la Némésis de HS. C'est un cliché persistant, mais vérifié :
il n'y a pas pires ennemis qu'un ingénieur et un commercial. Ou alors un palestinien et un israelien, mais HS sage laissera là la comparaison, elle pourrait lui en coûter. Or HS est sage, il ne
voudrait pas terminer HS.
C'est donc décidé, HS détestera D. La nature est ainsi faite, c'est triste, mais aussi sage qu'il soit, HS ne peut pas ne pas répondre à ses instincts. Il a la haine
viscérale, il porte sa haine aux boyaux.
Car l'homme sage devine alors ce qui se cache derrière tout ça. La machination, l'esbrouffe, l'entourloupe. Car le commercial est
vicieux, le commercial a eu des cours de pipeau dans son cursus scolaire, il a eu des interros orales sur le sujet, il a validé des UV. La machination, le complot, eh oui, messieurs dames. Le
protocole des sages de Sion, et tout le bazar. Nécessairement. D manipule le monde, le plie a sa volonté, à son désir.
Puis, HS décida d'ouvrir le bouquin, comme ça au hasard. Et il fit une découverte stupéfiante. D avait plagié HS. Cela sautait au milieu de la figure. Comme le nez. Enfin,
sur le nez. Comme une fouine, ou un rat, une bestiole qui saute quoi. Qui mord, et s'agrippe. Car, onze ans auparavant, HS avait écrit une nouvelle de 6 pages (Répétition – HS fait sa pub, HS fait ce qu'il veut, il est sur son blog) dans laquelle il usait déjà – bien avant D donc, dis donc – du
procédé qui consiste à faire précéder (oui le coup du procédé/précéder c'est lourd) le discours de chaque personnage d'un caractère typographique particulier. C'était donc du vol de propriété
intellectuelle. C'était condamnable. C'était mal. HS se senti persécuté, trahi. Mais il mis son poing dans sa poche en se disant que de toute façon, lui-même avait déjà piqué le truc à quelqu'un,
à un vieux, un mort peut-être, un auteur de SF des 70's, un de la beat generation, un cut-uper ou autre, bref, que le procédé était déjà usé et abusé.
Sauf que tout le
monde trouvait ça original.
Mon cul !
Mais pour couronner le tout, HS appris que D avait mis 3 ans pour pondre ses 521 pages de la Horde. Trois
putains d'années! HS fit un petit calcul (rappelez-vous, HS est ingénieur, il connait la règle de trois). Prenons 217 jours ouvrés, se dit-il (il accordait volontiers à D ses week-ends et jours
fériés, ainsi que 5 semaines de vacances et des jours de RTT), et comptons 8 heures de travail par jour. Bien. Ce qui nous donne, 521 pages que divise (3 ans multipliés par 217 jours multipliés
par 8 heures). Cela nous donne exactement 0,1 page/heure.
Du pur foutage de gueule quand même, non ? 0,1 page/heure! Vous vous rendez compte ? Environ trois ou quatre
phrases (ou plutôt une ou deux, connaissant le bonhomme – D – et son style alambiqué).
D'autant que, si ça se trouvait, D avait fait du travail au black (donc illégal) et
bossé les dimanches, jours fériés et patacoufin. Le constat pouvait donc encore s'alourdir pour descendre jusqu'à 0,06 page/heure. Proprement scandaleux ! Digne d'un amateur ! Parlez moi du
Taylorisme, parlez moi du Fordisme messieurs (et mesdames) les économistes et commerciaux ! Parlez moi de l'industrialisation du processus messieurs les ingénieurs !
Scrogneugneu ! Saloperielopette !
HS était colère. HS était envie.
HS voulait la luxure.
(Trad : QTLC = Que tombe le ciel)
J’ai tenté l’aventure. De présenter un premier chapitre (3 pages !) et d’attendre les retours, de voir ce qu’on pourrait bien en dire. Pour ça, j’ai été bien tranquillement faire ma pub sur
deux trois forums, comme ça, bonjour bonjour, ça va, je me présente, je suis gentil, je vais pas mouiller le tapis rassurez-vous, voilà voilà, sinon à part ça, y’a un truc que je voulais vous
montrer, dites moi ce que vous en pensez.
Globalement, les retours ont été plutôt constructifs.
En vrac, on m’a dit / que mon personnage se préoccupait trop de son cul / pas assez du pourquoi / qu'il bavardait trop / qu'il y avait trop de descriptions / que c'était trop long / que j'abusais sur le gore / mais que sinon c'était pas trop mal écrit / merci / genre marrant / ironique / mais faudrait te décider si tu veux faire un truc second degré ou pas.
En vrac, hein. A la louche.
Evidemment, comme je suis un petit connard prétentieux (c’est normal, je suis un artiste moââââ, monsieur, madame), je répondrais ceci :
Mon personnage parle trop, c'est normal, il est comme ça, il est comme moi, il se parle tout le temps dans sa tête, il part en vrille, en looping, en boucle renversée, même quand il ne faut
pas, même quand c'est pas le moment. Et encore vous n'avez rien vu. It is just a beginning.
Il ne se pose pas la question 'mais pourquoi, bordel, pourquoi le ciel est-il tombé ?'. C'est vrai ça, il est un peu con quand même. Il a manqué de se faire écrabouiller la gueule et il est
juste content d'être en vie, il se dit pas 'ah tiens, je me demande bien pourquoi le béton est tombé, ne serait-ce pas du fait de la pré-contrainte, ou peut-être l'armature fissurée, le béton
trop mouillé'. Non, il pense juste à son cul.
Imaginez un gros car-crash dont vous sortez vivant. Devant vous un amas de véhicules, de tôles froissées. Quelle est votre première réaction ?
Je vous le fais en quizz :
1) Pourquoi tout ceci ? Ne serait-ce donc point de la faute du conducteur du camion, par hasard ? Ou bien la fatigue de ce vieux monsieur ? Ou cette dame encore qui n'avait pas mis ses lunettes ?
Ne serait-ce donc point ?
2) Putain ! Heureusement que c'était pas moi. La vache d'enculé de sa mère !
3) J'espère que personne n'est blessé.
(Vous avez évidemment tous répondu 3 - vous êtes tous des menteurs)
Quant aux description gores, j'accorde le point. J'en ai trop fait. Mais c'était fun. Et comme je les aime bien, je les déplacerai juste un peu plus loin. En allongeant la sauce. Bien pimentée.
Bien rouge.
Quoiqu’il en soit, comme je le disais, les remarques ont été constructives. Elles m’ont permis de déterminer un nouvel angle d’approche. Je vais virer le côté trop ironique (mais je vais garder
deux trois pointes d’humour, faut pas déconner non plus, je vais pas virer tragique du jour au lendemain), et je vais allonger le dialogue intérieur, l'introspection (oui, tout le contraire
de ce qu’on m’a dit, c’est pas bien, je m’en tape, après tout c’est qui qui raconte, hein, c’est kiki ?).
Résultat : je suis sur la nouvelle version. Si je suis en forme, elle sera livrée demain soir. Sinon, ce sera la semaine prochaine. Peut-être. Sauf si je change d'avis. Sauf si je décide
d'arrêter Que tombe le ciel, de continuer Hors des Rails, ou d'attaquer ma parodie du diptyque Escape From New-York/L.A.
Juste un mot pour vous signaler que
l’Anthologie Cal de Terre à paraître en septembre aux éditions Rivière Blanche avance : les nouvelles présélectionnées par Philippe Ward viennent d’être envoyées à P.J. Hérault. Charge
ensuite à lui de valider (ou non) ces nouvelles, et/ou de demander quelques corrections éventuelles.
Une de mes nouvelles fait partie de la liste des nominés (Le fils du héros) et je suis pas loin de faire pipi dans mon slip en attendant le verdict. Je me sens un peu comme un lauréat de la Star Ac’ ou de ‘Nouvelle Star’, placé sur un siège éjectable. D’autant que je n’ai pas été des plus tendre avec son héros, Cal, bien que celui-ci n’apparaisse pas en personne.
Bah, ouais, c’est comme ça, j’aime pas les héros. Alors je leur trouve des défauts.
Je construis des anti-héros, des losers, des parias, des hommes blessés. D’où : le fils du héros. Tout est dans le titre.
Je ne sais pas si je suis bien dans le ton – j’ai fait dans le dépressif ironique, pas dans le glorieux héroïque. On verra bien : c’est du ‘ça passe ou ça casse’.
Au mieux : la nouvelle est sélectionnée, et je pourrais me la péter devant mes amis. Je pourrais alors hurler haut et fort : ‘je suis un écrivain maintenant, moi, j’ai été publié, moi, et oui m’sieur-dames, vous ne savez pas à qui vous parlez, vous ne mesurez pas votre chance, laissez-moi passer bon sang, non, non, je ne signe pas d’autographe, non, parlez-en à mon agent, faites pas chier, bordel’
Au pire : la nouvelle n’est pas sélectionnée, je prendrais la pose genre ‘artiste maudit’ (z’êtes tous des empaffés, vous comprenez que dalle à l’art, chuis incompris, pourtant chuis le meilleur, et je vous emmerde, tous autant que vous êtes) et je la mettrais en ligne sur ce blog. Pour me venger.
Eh Pépé, viens là mon
garçon, j’ai deux mots à te dire. Approche.
Ah, la vache ! Ces Alones, toujours à courir à droite à gauche, pas de temps à
perdre. Jamais. Une question de survie il parait. Toujours être aux aguets, à faire gaffe à ces putains de Rassemblés, ces bandes fanatiques, religieux ou militaires. Les deux parfois. Complètement barrés ces cons de Rasses. Parait même que certains sont cannibales. Dans quel monde on vit, hein, mon
Pépé ?
Mais toi, t’es pas pareil, n’est ce pas ? Toi, t’es un Alone, un
‘tout seul’, un ‘les autres, j’m’en tape’. Quand tu te fais des potes, c’est pas pour la vie, c’est juste pour survivre un peu plus longtemps. Enfin, ça c’est ce que tu dis, ce que tu voudrais
nous faire croire. Mais on n’est pas dupes.
T’es un gars bien, Pépé, j’ai vu ça tout de suite. Un peu bourrin, ouais, prompt à
balancer tes couteaux, ou à éventrer un enfoiré de Rasse d’un bon coup d’épée, mais le cœur sur la main. T’aides les gentils, et tu butes les méchants. Recta. J’aime bien. T’es pas compliqué
comme garçon. Droit et honnête.
Bon, c’est vrai, qu’au début, je voyais pas trop où tu voulais en venir, je saisissais pas bien
l’enjeu, en fait. Où tu allais, et pourquoi, c’était un peu flou. D’autant que comme le crétin de base sorti d’un bouquin de Gilles Thomas, t’as rien trouvé de mieux que de te faire chopper. A la
première page, putain. Direct, sans fioritures. Comme le bon gros gland que tu es.
Mais tu me faisais marrer, alors j’ai continué de
lire tes histoires. Ta rencontre avec Gaby et Flo par exemple, ou avec l’autre enfoiré de Corbeau et ces Voitortues.
(N’empêche
que c’est con, moi j’aurais bien aimé que les Voitortues se mettent des branlées, genre Street Godzilla Fighter, tu vois. Round One, Fight ! Bam ! prends mon carter dans ta face, enfoirée de Coccinelle ! Bam ! mange mon pot, saloperie de
Citroen !)
Mais tout ça c’était avant de retrouver le chemin, avant de te redéfinir un but, pas vrai ? Passque, on a beau
dire, mais la Grise, là, hein, c’est une sacrée nana, non ? Importante. Primordiale même. Le genre qui mérite qu’on se batte pour. Tu serais pas le gars que tu es sans cette gonzesse :
elle t’a tout appris. A trouver ta bouffe comme un grand, à lire une carte routière sans te vautrer, à te bastonner – elle t’a même appris ce que c’était ce machin là, l’amour, la baise. Pas vrai
mon cochon ? Pas vrai que c’est la bonne ? Pas vrai que là, va falloir te battre avec toutes tes tripes, tout ton cœur ? Passque là ça vaut le coup, là y faut y aller, faut se
sortir les doigts.
Bien épuisant tout ça, hein mon Pépé ? Mais bien fun aussi.
Bon allez, Pépé, ça suffit maintenant, je t’ai assez vu. Zou ! Allez dégages, va jouer dans ton bac à sable ! T’as encore plein d’autres aventures qui
t’attendent.
Passque je veux bien qu’A comme Alone, ça déchire, mais Alone contre Alone ça a intérêt à déchirer encore plus. Harder, faster, better, stronger, comme dirait ma poulette. Sinon, tout Pépé que tu sois, je viendrais
te chercher par la peau du derche. Et là, j’te promets que pour déchirer ça va déchirer.
Et puis, sans charres, le mec clamsé sur les chiottes dans la librairie, rue Hoche, à Rennes, c’est qui, hein, c’est qui ? Tu nous ferais pas de la mise en abîme, une private joke, ou
une connerie du genre ?
Aujourd'hui, je mets en ligne une nouvelle approximativement aussi vieille que la précédente. Elle a dix, onze ans. Je sais : je racle les fonds de tiroir, mais c'est pour
faire patienter un peu, le premier chapitre du feuilleton n'est pas encore finalisé.
La nouvelle du jour est donc : Répétition.
C'est bourrin, c'est pas fin. Mais j'aime bien.
Contrairement à la précédente (Sombre Corridor), celle-ci a déjà été publiée, suite à un concours de nouvelles. C'était dans le n° 10 de Présences d'Esprits, un fanzine qui était
alors lié à Denoël et à la collection Présence du Futur. Le gars que j'avais eu au téléphone, m'annonçant que j'avais gagné, m'avait dit 'et en plus Jean-Marc Ligny a beaucoup aimé'. La
grosse classe. Qui déchire grave. Je m'étais plus senti pisser pendant deux semaines.
(Ouais, enfin, même maintenant je me sens plus pisser. Si ça m'arrivait - de me sentir pisser - c'est là qu'il faudrait que je m'inquiète, la blennoragie, gonorrhée,
chaude-pisse, je m'en passe très bien merci.)
Le prix avait été : un lot de trois livres (L'orbite déchiquetée de John Brunner, Constellations de Piers Anthony, et Les années Fléaux de
Norman Spinrad - mon idole de l'époque - mais c'était con, celui-là je l'avais déjà, j'ai du le refourguer à mon frère) ainsi que (tadaaa!!) une jolie coupe 'Trophée de
l'Agronirique 1996'. Je la conserve précieusement, juste à côté de la télé, un mini ballon de basket coincé dedans. Tout le monde croit que c'est un trophée sportif. Tout le monde
me jette alors un coup d'oeil, et me dit :'Naaaaan, c'est pas possible... toi, sportif? Naaaaan'.
Tout le monde est stupide.