Vir prudens non
contra ventum mingit - L'homme sage ne pisse pas contre le vent
L'homme sage ne pisse certes pas contre le vent, mais il peut le faire sur le Contrevent. Il fait ce qu'il veut. Il est sage. Et il vous emmerde.
L'homme sage pourrait
parler de la Zone du Dehors, mais il ne le fera pas, car tout est dans le titre. Il y a des gens dedans, une zone dehors. Les gens qui sont dedans veulent aller dehors. A part ça, l'homme sage ne
l'a pas lu. Il n'en parlera donc pas.
Il parlera de la Horde. Qu'il n'a pas lu non plus. Ce qui ne l'empêche en rien de faire une critique.
Lorsque l'homme sage a découvert Alain Damasio, c'est que ça commençait à le chauffer d'entendre et de lire partout (partout signifiant dans le sous-monde de la SF, entendons nous bien, pas
partout partout – partout partout, c'est Christine Angot ou
Jonathan Littell – on pourrait dire des choses aussi sur eux, mais c'est con, ils font pas de SF, donc exit) que la Horde du Contrevent (ils partirent trente-quatre et par un
prompt renfort...) c'était super, c'était génial, c'était le renouveau de la SF française, le renouveau de la littérature française, de la littérature tout court, le chef d'oeuvre absolu de ce
siècle, tout ça, tout ça.
Bref, ni une ni deux, l'homme sage se renseigne un peu sur le bonhomme, le Damasio. Et là, il apprend que le bonhomme (Damasio donc) est né à Lyon (comme l'homme sage, ça c'est bien) en 1969 (il
a donc 5 ans de plus que l'homme sage, il est donc plus vieux, il est donc vieux tout court et ça c'est bien aussi). Jusqu'ici rien de bien croustillant à signaler. Mais poursuivant, l'homme sage
apprend que le bonhomme (appelons-le D) a fait l'ESSEC .
Le sang de l'homme sage (appelons-le HS) ne fait qu'un tour. Ou il bout, HS ne s'en rappelle plus très bien.
Peut-être les deux. Bref.
L'ESSEC : l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales.
Sachant que HS a fait une école
d'ingénieur, à Lyon, juste sous la basilique de Fourvière, in nomine patris et filii et spiritus sancti, il est immédiat que D devient la Némésis de HS. C'est un cliché persistant, mais vérifié :
il n'y a pas pires ennemis qu'un ingénieur et un commercial. Ou alors un palestinien et un israelien, mais HS sage laissera là la comparaison, elle pourrait lui en coûter. Or HS est sage, il ne
voudrait pas terminer HS.
C'est donc décidé, HS détestera D. La nature est ainsi faite, c'est triste, mais aussi sage qu'il soit, HS ne peut pas ne pas répondre à ses instincts. Il a la haine
viscérale, il porte sa haine aux boyaux.
Car l'homme sage devine alors ce qui se cache derrière tout ça. La machination, l'esbrouffe, l'entourloupe. Car le commercial est
vicieux, le commercial a eu des cours de pipeau dans son cursus scolaire, il a eu des interros orales sur le sujet, il a validé des UV. La machination, le complot, eh oui, messieurs dames. Le
protocole des sages de Sion, et tout le bazar. Nécessairement. D manipule le monde, le plie a sa volonté, à son désir.
Puis, HS décida d'ouvrir le bouquin, comme ça au hasard. Et il fit une découverte stupéfiante. D avait plagié HS. Cela sautait au milieu de la figure. Comme le nez. Enfin,
sur le nez. Comme une fouine, ou un rat, une bestiole qui saute quoi. Qui mord, et s'agrippe. Car, onze ans auparavant, HS avait écrit une nouvelle de 6 pages (Répétition – HS fait sa pub, HS fait ce qu'il veut, il est sur son blog) dans laquelle il usait déjà – bien avant D donc, dis donc – du
procédé qui consiste à faire précéder (oui le coup du procédé/précéder c'est lourd) le discours de chaque personnage d'un caractère typographique particulier. C'était donc du vol de propriété
intellectuelle. C'était condamnable. C'était mal. HS se senti persécuté, trahi. Mais il mis son poing dans sa poche en se disant que de toute façon, lui-même avait déjà piqué le truc à quelqu'un,
à un vieux, un mort peut-être, un auteur de SF des 70's, un de la beat generation, un cut-uper ou autre, bref, que le procédé était déjà usé et abusé.
Sauf que tout le
monde trouvait ça original.
Mon cul !
Mais pour couronner le tout, HS appris que D avait mis 3 ans pour pondre ses 521 pages de la Horde. Trois
putains d'années! HS fit un petit calcul (rappelez-vous, HS est ingénieur, il connait la règle de trois). Prenons 217 jours ouvrés, se dit-il (il accordait volontiers à D ses week-ends et jours
fériés, ainsi que 5 semaines de vacances et des jours de RTT), et comptons 8 heures de travail par jour. Bien. Ce qui nous donne, 521 pages que divise (3 ans multipliés par 217 jours multipliés
par 8 heures). Cela nous donne exactement 0,1 page/heure.
Du pur foutage de gueule quand même, non ? 0,1 page/heure! Vous vous rendez compte ? Environ trois ou quatre
phrases (ou plutôt une ou deux, connaissant le bonhomme – D – et son style alambiqué).
D'autant que, si ça se trouvait, D avait fait du travail au black (donc illégal) et
bossé les dimanches, jours fériés et patacoufin. Le constat pouvait donc encore s'alourdir pour descendre jusqu'à 0,06 page/heure. Proprement scandaleux ! Digne d'un amateur ! Parlez moi du
Taylorisme, parlez moi du Fordisme messieurs (et mesdames) les économistes et commerciaux ! Parlez moi de l'industrialisation du processus messieurs les ingénieurs !
Scrogneugneu ! Saloperielopette !
HS était colère. HS était envie.
HS voulait la luxure.